Les Maldives s'invitent dans l'affaire des îles Chagos, et personne ne sait à qui appartient l'archipel
Les Maldives rejettent l'accord Royaume-Uni/Maurice sur les îles Chagos et menacent de saisir la justice internationale. Un conflit à trois sans résolution en vue.
Le paradis perdu (dans la paperasse)
Si vous pensiez que les disputes pour des îles tropicales étaient réservées à la téléréalité, détrompez-vous. Les Maldives ont formellement informé le Royaume-Uni qu'elles ne reconnaissent pas l'accord sur les îles Chagos conclu entre la Grande-Bretagne et Maurice, et elles menacent de recourir à des actions juridiques internationales pour donner du poids à leurs paroles, bien au-delà d'une simple lettre de protestation.
Le président Mohamed Muizzu a désormais envoyé deux objections écrites à Londres, la première le 8 novembre 2024 et la seconde le 18 janvier 2026. Il a également appelé le secrétaire d'État aux Affaires étrangères David Lammy le 15 décembre 2025 pour le dire sans ambages : tout transfert de l'archipel des Chagos doit tenir compte des intérêts maldiviens. Décidément, Noël n'aura pas été de tout repos.
En quoi consiste l'accord entre le Royaume-Uni et Maurice ?
Voici la version courte. La Grande-Bretagne contrôle les îles Chagos depuis leur acquisition auprès de la France en 1814, via le traité de Paris. En 1965, Londres a séparé l'archipel de Maurice juste avant d'accorder l'indépendance à cette dernière, une décision que la Cour internationale de Justice a jugée illicite dans un avis consultatif historique rendu en 2019. L'Assemblée générale des Nations Unies a suivi avec un vote quasi unanime de 116 voix contre 6, exigeant que le Royaume-Uni restitue les îles.
En 2024, le Royaume-Uni a accepté de transférer la souveraineté à Maurice en échange d'un bail de 99 ans sur la base militaire de Diego Garcia, pour un coût moyen d'environ 101 millions de livres sterling par an. Le détail des conditions prévoit 165 millions de livres sterling par an pour les trois premières années, puis 120 millions annuellement pour les années quatre à treize, pour un total d'environ 3,4 milliards de livres sterling sur la durée du bail. C'est une somme colossale pour des îles que la plupart des gens ne connaissent que par les romans d'espionnage.
Qu'est-ce que les Maldives viennent faire là-dedans ?
L'archipel des Chagos comprend plus de 60 îles réparties sur sept atolls, situés à environ 500 kilomètres au sud des Maldives. Diego Garcia n'est qu'à 500 kilomètres de Malé, mais à plus de 2 000 kilomètres de Port-Louis, à Maurice. Les Maldives soutiennent que leur proximité géographique leur confère une légitimité plus forte, et des preuves génétiques montrent même que les Chagossiens d'aujourd'hui ont des origines maldiviennes.
En 2023, le Tribunal international du droit de la mer a tranché un différend frontalier maritime entre Maurice et les Maldives, en soutenant globalement la position mauricienne. Mais Muizzu refuse de l'entendre ainsi. En février 2026, il a déclaré devant le parlement maldivien que son gouvernement ne reconnaîtrait plus la frontière maritime établie par le TIDM et qu'il intégrerait les eaux disputées dans la zone économique exclusive des Maldives. Les Maldives ont depuis déployé des patrouilleurs dans ces eaux contestées, ce qui est l'équivalent diplomatique de garer sa voiture en travers de l'allée de son voisin.
Pour envenimer davantage les choses, Muizzu a formellement révoqué une lettre de 2022 rédigée par le précédent gouvernement Solih, qui reconnaissait la souveraineté mauricienne sur les Chagos. Maurice a répondu en suspendant toutes les relations diplomatiques avec les Maldives le 27 février 2026.
Et pendant ce temps, tout le monde a son mot à dire
Donald Trump s'est exprimé sur Truth Social en février 2026, qualifiant l'accord britannique d'"acte de grande stupidité" et exhortant Keir Starmer à ne pas céder le territoire. Un revirement notable, étant donné que Trump avait initialement approuvé l'accord en avril 2025. Le département d'État américain, quant à lui, a officiellement apporté son soutien à l'accord entre le Royaume-Uni et Maurice.
Le ministre du bureau des Affaires étrangères britannique Stephen Doughty a maintenu que la souveraineté sur les îles Chagos est une affaire bilatérale entre la Grande-Bretagne et Maurice, et non les Maldives. Mais l'accord n'étant toujours pas confirmé dans le droit britannique et semblant être indéfiniment suspendu, cette saga est loin d'être terminée.
Dans un retournement particulièrement spectaculaire, quatre Chagossiens britanniques ont débarqué sur l'île du Coin le 16 février 2026 pour y établir un établissement permanent sans autorisation gouvernementale, devenant les premiers Chagossiens à vivre sur les îles depuis leur expulsion en 1971. Si la souveraineté, c'est la possession, quelqu'un vient de faire un geste très audacieux.
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