Le Paradoxe du Rugby Anglais : Pourquoi Perdre Contre la France Pourrait Etre Notre Meilleur Resultat
La Glorieuse Defaite de Lyon
Il y a quelque chose de quintessentiellement britannique dans le fait de trouver une victoire morale dans une defaite bien reelle. Nous sommes les maitres de la philosophie du "au moins, on a essaye", et apres le recente confrontation de l'Angleterre contre la France lors de la finale du Tournoi des Six Nations, ce sentiment a ete porte a son paroxysme. C'etait un match qui avait tout : du brio, du suspense, un penalty tardif, et l'inevitable deception cruelle qui accompagne le fait d'etre supporter de l'Angleterre. Et pourtant, bizarrement, nous en sommes tous plutot satisfaits.
Pour ceux qui ont rate le spectacle a Lyon, l'Angleterre a reussi a perdre 33-31 face a une equipe de France qui semblait jouer avec le panache d'une equipe qui venait de decouvrir le cafe. Mais le score ne raconte que la moitie de l'histoire. Le vrai recit, c'est que l'Angleterre, une equipe precedemment accusee d'etre aussi creative qu'un parpaing, a finalement decide de jouer au rugby. Ce fut une prestation remarquable qui a laisse fans et consultants dans un melange deconcertant d'optimisme et d'apprehension. Apres une campagne qui avait debute avec le niveau d'enthousiasme d'un mardi pluvieux a Slough, cette finale fut une veritable revelation.
Le Plan Borthwick : Des Tableurs aux Sprints
Steve Borthwick, un homme qui donne souvent l'impression de calculer mentalement la TVA sur un paquet de biscuits digestifs, etait sous une pression enorme. Les premiers matches de ce Tournoi des Six Nations etaient, franchement, calamiteux. Nous avons peine a battre l'Italie, galere contre le Pays de Galles, et paru completement perdus face a l'Ecosse. Le style "Borthwick Ball" semblait consister a botter le ballon le plus loin possible en esperant que l'adversaire s'ennuie et le rende. Ce n'etait pas vraiment le spectacle a haute intensite qu'on nous avait promis pour nos abonnements television hors de prix.
Pourtant, quelque chose a change dans la seconde moitie du tournoi. La victoire contre l'Irlande a ete le catalyseur, mais le match contre la France a ete la preuve du concept. L'Angleterre n'a pas seulement rivalise ; elle a domine pendant de longs passages. On a vu une equipe prete a conserver le ballon, a offloader au tackle, et a vraiment attaquer l'adversaire. C'etait comme si quelqu'un avait enfin explique aux joueurs que les lignes blanches aux deux extremites du terrain sont l'endroit ou se trouvent les points.
Les Joueurs en Vue
Si l'on cherche des raisons de se rejoindre, il faut parler de Ben Earl. Cet homme joue au rugby comme s'il cherchait a regler un contentieux personnel avec toute la nation francaise. Son energie, ses courses balle en main, et son refus categorique de se laisser plaquer en ont fait la star incontestee de cette campagne. Puis il y a Marcus Smith. Que vous aimiez son talent ou que vous redoutiez son impredictibilite, il est indeniable qu'il apporte une etincelle que George Ford, avec tout son genie tactique, manque parfois. Quand Smith est sur le terrain, les choses se passent. Generalement de bonnes choses, parfois chaotiques, mais jamais ennuyeuses.
Ollie Lawrence nous a aussi rappele pourquoi il est considere comme l'un des centres les plus excitants de l'hemisphere nord. Sa capacite a percer des trous dans une defence francaise generalement aussi solide qu'une baguette laissee dehors toute la nuit etait un plaisir a regarder. Ces prestations individuelles sont les fondations de ce que Borthwick essaie de construire, a condition qu'il ne prenne pas froid et ne revienne pas a la securite du jeu au pied a la moindre petite brise.
Le Cout d'Etre Supporter
Dans le contexte economique actuel, etre supporter de rugby n'est pas un passe-temps bon marche. Entre le prix des billets a Twickenham, qui necessitent souvent un petit credit immobilier, et le cout d'une pinte de cidre tiede au stade, le rapport qualite-prix est en tete des preoccupations de chacun. Pendant une grande partie de ce Tournoi des Six Nations, le retour sur investissement etait mediocre. Regarder l'Angleterre jouer commencait a ressembler a une corvee, quelque chose que nous faisions par devoir patriotique plutot que par veritable plaisir.
Le match contre la France a change tout cela. Meme dans la defaite, la valeur divertissement pure valait le prix d'entree (ou du moins le prix d'un bon plat a emporter en regardant depuis chez soi). Si l'Angleterre peut continuer a jouer avec ce niveau d'ambition, les supporters reviendront en masse. Perdre ne nous derange pas si on perd avec style. Ce que nous ne supportons pas, c'est perdre en jouant comme un groupe de comptables essayant de dechiffrer une declaration fiscale compliquee.
Le Verdict : Nouvelle Aube ou Faux Depart ?
Alors, ou en sommes-nous ? L'interet autour de cette equipe d'Angleterre n'a jamais ete aussi grand. Nous avons vu ce dont ils sont capables quand ils enlèvent les entraves. Ils peuvent rivaliser avec les meilleurs du monde et, pendant quatre-vingts minutes, nous faire croire que les annees glorieuses de 2003 ne sont pas seulement un souvenir flou et lointain sur une etagere de DVD.
Cependant, la regularite reste le grand point d'interrogation. L'Angleterre a termine le tournoi avec trois victoires et deux defaites. Sur le papier, c'est un resultat moyen. En realite, cela ressemble au debut de quelque chose de nouveau. Le defi pour Borthwick est maintenant de s'assurer que ce n'etait pas une prestation isolee alimentee par l'adrenaline francaise. Nous avons besoin que ce soit le plancher, pas le plafond. L'Angleterre doit decider si elle veut etre une equipe qui joue pour ne pas perdre, ou une equipe qui joue pour gagner. Apres le thriller de Lyon, la seconde option est bien plus interessante.
Reflexions Finales
L'Angleterre a reussi a transformer une campagne lamentable en un veritable suspense. Nous sommes maintenant sincèrement impatients de voir les tournees estivales, ce qui est une phrase que je ne pensais pas ecrire il y a trois semaines. L'interet est de retour, le brio revient, et pour la premiere fois depuis longtemps, il fait bon etre supporter de l'Angleterre. Surtout, ne mentionnez pas le score final a Thomas Ramos.
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