Deuil et colère à Saksakiyeh : un garçon de 11 ans enterré après une frappe aérienne israélienne
Un garçon de 11 ans, Jawad Younes, a été enterré à Saksakiyeh au Liban après une frappe aérienne israélienne. Le bilan national dépasse 1 100 morts depuis le 2 mars 2026.
Une famille brisée en quelques secondes
Il n'existe aucune façon digne de décrire l'enterrement d'un enfant. Samedi, le village de Saksakiyeh, dans le sud du Liban, a été le témoin de l'une des scènes les plus déchirantes de ce conflit : Jawad Younes, 11 ans, a été inhumé aux côtés de son oncle, Ragheb Younes, 41 ans. Tous deux ont été tués lorsqu'une frappe aérienne israélienne a ravagé le compound familial peu après 13h00, heure locale, vendredi.
Six personnes ont péri dans les frappes plus larges visant Saksakiyeh ce jour-là, dont trois enfants. Cinq membres de la famille Younes ont survécu, bien que le mot "survie" soit généreux lorsque votre maison a été réduite en décombres et votre famille déchirée.
Le coût humain en chiffres
Jawad et Ragheb sont deux noms parmi un bilan vertigineux. Depuis le début de l'escalade le 2 mars 2026, plus de 1 100 personnes ont été tuées à travers le Liban, selon le ministère libanais de la Santé publique, qui chiffre les morts à 1 142, avec plus de 3 300 blessés. Plus d'un million de personnes ont été déplacées de chez elles, un chiffre que l'Organisation internationale pour les migrations a établi à plus de 1 049 000 personnes enregistrées.
Ce ne sont pas des statistiques abstraites. Chacune représente une famille comme celle des Younes, qui tente de rassembler les morceaux d'une vie qui existait encore quelques heures auparavant.
Des journalistes et des secouristes également visés
Les violences ne se sont pas limitées aux foyers civils. Samedi, trois journalistes libanais ont été tués dans ce que plusieurs sources décrivent comme une frappe israélienne ciblée contre leur véhicule de presse. Ali Shoeib d'Al Manar, ainsi que Fatima Ftouni et Mohamed Ftouni d'Al Mayadeen, ont péri lorsque des missiles de précision ont touché leur voiture sur la route de Jezzine.
Les Forces de défense israéliennes ont confirmé la mort de Shoeib, le qualifiant de "terroriste" de la Force Radwan du Hezbollah qui aurait opéré "sous couvert de journaliste." Ni Al Manar ni Al Mayadeen n'ont accepté cette caractérisation, et l'armée israélienne n'a pas fourni publiquement de preuves à l'appui de ses affirmations.
Le président libanais Joseph Aoun a condamné la frappe comme un "crime éhonté", invoquant les Conventions de Genève de 1949 et la résolution 1738 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui appelle spécifiquement à la protection des journalistes dans les zones de conflit. Le Comité pour la protection des journalistes a maintes fois relevé qu'Israël a tué des professionnels des médias en alléguant des liens avec des groupes militants, sans produire de preuves crédibles dans les cas documentés par le CPJ.
Par ailleurs, une frappe aérienne israélienne a tué cinq secouristes près de la ville de Zoutar Sharqi lorsque des avions de guerre ont touché une ambulance appartenant à l'Association des scouts islamiques. Le ciblage du personnel médical est interdit par le droit international humanitaire, et cet incident a suscité de vives critiques de la part d'Amnesty International.
Une famille qui ramasse les morceaux
De retour à Saksakiyeh, les membres survivants de la famille Younes font face à une réalité sombre. La tante de Jawad, Zeinab, serait soignée pour une fracture de la colonne vertébrale et une fracture de la jambe, bien qu'aucune confirmation médicale indépendante de ses blessures spécifiques n'ait été disponible au-delà des premiers rapports.
Ce qui est indiscutable, c'est la scène elle-même : un cortège funèbre dans les ruelles étroites du village, une communauté oscillant entre deuil et défiance, et le petit cercueil insupportable d'un garçon de 11 ans qui aurait dû s'inquiéter de l'école, pas devenir une statistique de victimes.
Le tableau d'ensemble
L'escalade actuelle a été déclenchée lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur le nord d'Israël le 2 mars, la première attaque de ce type depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Cette action s'inscrit dans le cadre du conflit plus large entre la coalition américano-israélienne et l'Iran, une conflagration régionale qui a de nouveau transformé le Liban en champ de bataille.
Avec plus d'un million de déplacés, plus d'un millier de morts en moins d'un mois, et aucun cessez-le-feu en vue, le Liban est confronté à une catastrophe humanitaire qui s'aggrave de jour en jour. La communauté internationale a publié des déclarations. Les bombes ont continué, indifférentes.
Pour la famille Younes, la géopolitique n'a désormais plus aucune importance. Ils ont enterré un garçon samedi. C'est le seul fait qui compte pour eux.
Lire l'article original sur la source.
